Ronçaille, n. f. (français, dérivé de ronce avec le suffixe -aille évoquant l’amas rugueux et invasif, comme dans broussaille, pierraille, mitraille) :
Conversation dans laquelle les certitudes de l’interlocuteur sont à enlever comme des ronces afin d’aborder un sujet par la raison — croyances identitaires, indignations réflexes, thème dont il ne veut pas entendre parler — tabous qu’il impute surtout au milieu dans lequel il converse (donc faux tabous). Une ronçaille de l’esprit empêche la pensée commune d’avancer : à chaque pas, il faut ralentir, contourner, sarcler, parfois renoncer.
La ronçaille est invasive : elle s’étend à partir d’un seul mot-déclencheur et recouvre des pans entiers du réel.
Elle est défensive : elle protège celui qui la laisse pousser d’avoir à penser.
Elle pique d’abord celui qui la porte : l’enronçaillé croit se protéger, mais s’interdit surtout à lui-même de marcher dans la pensée.
Exemples :
« On s’est lancés dans une bonne ronçaille hier soir : il a fallu deux heures pour arriver à parler calmement d’insécurité. »
« Impossible d’évoquer l’islam avec elle sans la voir enronçaillée comme si on avait blasphémé : à peine le mot prononcé faut-il-il rassurer, nuancer, se tourner en direction de La Mecque. »
« Je lui ai dit que j’aimais bien l’émission radio de Finkielkraut, que je la trouvais a minima pluraliste, et j’ai vu les ronces lui pousser: il a un peu reculé son buste en haussant les sourcils et en regardant son acolyte ; cela lui faisait tout drôle qu’on osât dire du bien de l’extrême-droite décomplexée. »