
Reprendre par un pronom au lieu de répéter le sujet est source de l’impression superficielle du bien écrit mais aussi du style alerte, élégant, intelligent.
Exemple chez La Bruyère : « La cour ne rend pas content ; elle empêche qu’on ne le soit ailleurs. » (Les Caractères, « De la Cour »).
La reprise pronominale montre qu’un auteur a de la suite dans les idées, car il en a aussi dans sa phrase:
« Je goûte bien, à présent, le charme de la solitude et regarde du haut en bas de ma montagne les intrigants, les flatteurs, les importants, les gascons, les charlatans et tous ceux qui se donnent autant de mouvement que je m’en donne peu dans ce temps de crise où le calme de mon âme et de la campagne me consolent de n’avoir rien à faire. » (Prince de Ligne, Mémoires, Cahier VIII).
Elle signifie qu’on n’a pas oublié ce que l’on dit, et permet à la phrase d’achever plus vite (le Prince de Ligne n’en exprime que mieux l’envie de repos).
C’est un plaisir de répétition variée, comme la variation d’un thème en musique.
Une reprise pronominale peut imprimer en nous la répartie d’un ami : « Cette dame ne s’est pas beaucoup occupé de l’esthétique de sa maison. – Elle ne s’est pas non plus occupé de la sienne. »
La double reprise redouble le plaisir : « Il faut, pour leur plaire, des spectacles qui favorisent leurs penchants, au lieu qu’il en faudrait qui les modérassent. » (Rousseau, Lettre à d’Alembert).
L’ennemi de ce ferment de civilisation qu’est la reprise pronominale est le redoublement du sujet (« Moi je trouve ça rigolo »), arme de lourdeur et de vulgarité.