Aphorismes sur les esprits européens et islamique

 

L’islam est une religion, l’Europe un continent ; mais l’islam étend une sorte de continent par ses lois, et l’Europe une sorte de religion par le dogme de son empire économique, son culte des droits humains, et les livres saints dont elle regorge pour chaque amateur de littérature.

 

Faire aimer son pays à quelqu’un est le plus sûr moyen de ne jamais le lui imposer dans un camp de concentration.

 

Les Romains se sentaient inférieurs aux Grecs en fondant leur empire, les  « barbares » germains se sentaient inférieurs aux Romains en fondant les pays d’Europe. Ils admirèrent la civilisation qui les précéda, cherchèrent à l’imiter, et y associèrent leur étrangeté.

L’islam en Europe incite les musulmans à s’estimer supérieurs aux prédécesseurs de leur pays, à les qualifier  « d’infidèles » sans chercher à les connaître, et à se méfier d’eux en tant  qu’« associateurs ».

 

2012 : introduction du loup solitaire en Europe. Dépressif et déséquilibré, mais de bon voisinage, il est menacé par l’affiliation au sol, l’affection des cultures, et la pratique véritable d’une religion d’amour, de tolérance et de paix.

 

L’esprit  « blédard » ou le salafisme, qui séparent tous deux de la France en tant que culture commune, font exister l’esprit français, idée « bête et méchante » (devise ancienne de Charlie Hebdo), utile seulement en cas d’urgence.

 

L’islamisme porte dans son nom la soumission : il invite à taire toute insoumission en soi-même (« Le Prophète a plus de droits sur les croyants qu’ils n’en ont sur eux-mêmes », Coran, XXXIII, 6), à ne rien écrire d’autre que la vérité prétendument dictée par Dieu dans un livre, à abolir la critique pour laisser intacte ce discours entièrement sacré, et à obéir à un dieu dont l’invisibilité augmente d’autant la puissance, et permet de diaboliser le visible qui lui est contraire.

L’esprit français porte dans le sien franchise, franc-parler, affranchissement : il invite à s’insoumettre jusque dans les détails les plus ridicules de la vie courante (« Les Français râlent tout le temps »), à écrire des vérités sur les autres et sur soi-même pour en faire de la littérature, à survivre à ces vérités pour s’affranchir plus fortement, et à diviniser le visible et la volupté par des paysages et les fruits d’un terroir.

L’islamisme est un esprit qui cache la chair et la dote, et la France une chair offerte, que ses habitants ont dotée dans le temps d’un esprit.

 

Ce qu’on appelle lourdement « islamo-gauchisme » est la lutte contre l’extrême-droite européenne au profit d’une extrême-droite pleine d’exotisme et d’évasion.

 

Ce qu’on appelle piteusement  « intégration  » est la seule transmigration des âmes connue et attestée (transmigration d’un peintre à un spectateur, d’un écrivain à un lecteur, d’un pays à un citoyen), contre la glaciation de ces âmes en une origine fixe.

 

La civilisation française allie plaisir et verticalité, exigence et jouissance : plaisir de boire des vins, mais dont on goûte la complexité au prix de plusieurs années ; plaisir d’entendre des vérités, mais par une langue aussi méditée qu’elle semble simple – le vers des Classiques, la prose des grands romanciers.

 

Les érudits européens apprécient l’islam à l’ombre de leur propre culture. En goûtant en spectateurs cette religion d’un art plus sobre, exotique et revêche, ils se reposent des tableaux, des musiques et des récits européens qui les passionnent, et croient apprécier une religion quand ils ne goûtent qu’un négatif de celle qu’ils s’assimilent avec plus de sérieux.

Leur gratitude envers l’Europe est grande, mais muette, leur déférence envers l’islam est frivole, mais démonstrative.

 

Au cœur de la civilisation française, il y a la langue : la langue dégustant par le palais les aliments saisonniers et régionaux et le vin dont on distingue les saveurs à la parcelle près, la langue parlée qui s’exerce en débats aux terrasses des cafés et dans des bars de récitants, et la langue écrite qui mérite un palais de marbre pour la régir.

Et au-delà de ces langues, celles qui s’éprennent, et s’éprennent mieux d’avoir exercé les premières.

 

Les militants de l’islam appellent « phobie » la critique de leur religion, parce que la peur les flatte encore et que la désapprobation seule les désarme : imaginer leur religion effrayante les honore plus que de la savoir méprisée.

 

La France comme exception est menacée par les droits universels qu’elle a contribué à concevoir et à répandre, dont se réclament ceux qui la combattent, et qu’il est facile de retourner contre elle, par rancune, ignorance, ou malveillance :

Son propre don fait son supplice.

Voilà le train du monde et de ses sectateurs :

On s’y sert du bienfait contre les bienfaiteurs. (La Fontaine, « La Forêt et le Bûcheron »)

 

La « féministe islamique » lutte pour un monde où les hommes peuvent enfin la chasser des terrasses, refuser de lui serrer la main et cacher son corps si incitatif en plein milieu de la rue.

 

Socrate parlait sans écrire, par peur de figer sa pensée, et il a philosophé à l’oral jusqu’à motiver ses disciples de le reproduire et de le trahir par l’écriture.

Les grands auteurs français ont écrit, par crainte de trahir leur pensée, et ils ont affiné leur style jusqu’à en faire une vision du monde incommunicable autrement.

Athènes a déifié la femme. Les stylistes français ont déifié la phrase. Ils ont ciselé ce corps où toute pensée garde son mystère et peut se mordre comme un agrume.

 

Les vers de Shakespeare et des Classiques sont des tuteurs de l’âme.

 

Aimer la culture d’un pays entraîne à aimer celles d’autres pays plus qu’à en détester, comme aimer une région rend curieux du caractère de sa nation. Affirmer qu’aucune n’existe, ni les gens y ayant œuvré, peut en revanche rendre dédaigneux et ignorant de toutes les cultures à la fois.

 

Les phrases des stylistes en littérature se dégustent et les grands vins européens font discourir : tous deux unifient le corps et l’esprit, jusqu’à les rendre indissociables.

 

L’Église parle de grâce et la République de mérite et d’excellence. Toutes deux produiront encore de bons fruits, jusqu’à ce que leurs ennemis respectifs ne les détruisent respectivement.

 

Certains intellectuels européens ont réagi aux attentats par une défense si zélée de l’islam qu’ils semblaient le confondre dangereusement avec l’islamisme.

 

Une vie entière est nécessaire pour s’assimiler la culture française, un instant suffit pour dire qu’elle n’existe pas.

Il y a des intellectuels inconséquents, qui « déconstruisent » les idées qu’ils éprouvent avec joie par leurs sens, et qui nient la culture française tout en jouissant de son héritage, en récitant des vers du Misanthrope et en buvant du Chassagne-Montrachet.

 

L’islam est un totalitarisme de droit divin.

 

Dites à la France du XXIe siècle que sa culture n’existe pas et inventez-lui des crimes contre l’humanité en Algérie, elle vous élira président de sa République.

 

Les attentats font accepter les atteintes.

 

Il y a deux manières d’ordonner une société : par la police (matérielle ou intellectuelle) et par le temps (coutumes, savoirs-faire, œuvres). La première croit s’adapter à un maximum de personnes en se contentant de séparer le légal et l’illégal. La seconde est plus intolérante en apparence et plus fraternelle en réalité, car elle requiert l’adhésion et le goût, plutôt que la force et la loi : elle unifie en faisant plaisir.

 

L’apprentie racaille peut agresser n’importe qui, mais l’islamiste la discipline en lui convaincant d’agresser uniquement des Français athées.

Reste à savoir si la faute est plus aux Français plus anciens, qui ne disent pas ce qu’ils accomplirent de bon dans l’Histoire, ou aux islamistes, qui ne font pas beaucoup d’efforts pour le deviner.

 

Passion française : préférer savoir si ce que vous lisez est de gauche ou de droite plutôt que vrai ou faux.

Universitaire à la mode : celui qui vous guide pour savoir ce qui est vraiment de gauche et vraiment de droite, et qui prétend vous faire sortir du labyrinthe.

 

Pour le sociologue Emmanuel Todd, les musulmans ne sont que musulmans, et les catholiques sont des zombies.

 

La laïcité est un cartésianisme collectif : n’étant pas sûr de la vérité de ma croyance pour les autres, je m’en abstiens en leur présence, je la mets de côté dans la vie publique, comme Descartes supprime en lui toute connaissance incertaine. C’est pourquoi la laïcité est née au pays de Descartes, et qu’elle est soit plus agressive, soit plus précieuse, pour ceux venus après Descartes.

 

Un nationaliste français au XXIe siècle est un homme qui « tape sur les musulmans à longueur de journée » selon le journaliste qu’il entend sur France Inter, et court le risque d’être tapé par « un camion fou » criant « Allah akbar » le jour de sa fête nationale.

 

Aimer les pièces de Shakespeare, l’histoire de Venise, et les vins de la Loire peut vous crisper dangereusement sur la créativité européenne.

 

En Europe, le christianisme appelle le libertinage, et le libertinage appelle le christianisme. Cyrano était athée mais frondeur comme le Christ, Pascal fut mondain avant de décrire la misère de l’homme sans Dieu pour ses amis libertins, Laclos a créé une femmes libertaire dans un roman et un traité d’éducation des filles.

 

Le Coran déclare que les mécréants « ne sont que des bêtes »,  « plus égarés encore que les bêtes quant au droit chemin » (XXV, 44). Les missionnaires de ce message en Europe s’appellent vegans et antispecistes.

 

L’histoire de France est si pleine que chaque siècle, au lieu de s’autocélébrer, rêve le précédent : Madame de Lafayette recrée la cour de Henri II pendant le Grand Siècle, lequel est décrit et regretté par Voltaire pendant celui des Lumières, auquel Stendhal se dit mentalement appartenir, égaré dans le XIXe.

 

Un militant écologiste français se bat pour qu’il ne fasse pas deux degrés de plus lors d’une éventuelle guerre civile.

 

Le salafiste veut entrer au Paradis et le bourgeois-bohème limiter son empreinte carbone. Les premiers veulent atteindre le zéro péché, les seconds le zéro déchet.

 

Beaucoup d’islamologues pensent que les musulmans pacifiques d’Europe le sont grâce à l’islam, qui n’est pas si guerrière, jamais grâce à l’Europe, qui n’est pas si tolérante, encore moins grâce à eux-mêmes, qui ne sauraient être libres et heureux qu’en respectant cette religion de leurs ancêtres.

 

Certains Européens disent qu’il ne faut pas « jouer sur les craintes » et « agiter les peurs ». Les Athéniens disaient : « s’il n’a rien à redouter, quel mortel fait ce qu’il doit ? » (Eschyle, Orestie).

 

Jadis berceau des civilisations européennes, le théâtre venait du grec  « theatron » qui signifiait voir. C’était l’atelier de la démocratie et de la philosophie athénienne. Il devint dans les États modernes le lieu où l’homme tendait  « un miroir à la nature humaine.  » (Shakespeare).

Désormais le théâtre est souvent un lieu qui empêche de voir et en distrait. C’est un atelier de vaporisation poétique autour de problèmes politiques dépersonnalisés comme l’écologie ou le capitalisme. On y tend aux bourgeois branchés le miroir d’une imagination aussi pauvre qu’elle s’efforce d’éviter toute réalité dérangeante.

 

L’Europe a bâti Chenonceau où des dames ont vécu et parfois régné ; l’Islam a bâti le Taj-Mahal où une femme repose morte.

 

Toute grande civilisation peut toucher tout un chacun, parce qu’elle est plaisante, mais n’est jamais tout à fait à quelqu’un, parce qu’elle est exigeante. La langue de Racine est aux francophones une langue toujours naturelle et toujours étrangère, comme la peinture de Raphaël l’est pour les Italiens et la musique de Mozart pour les Viennois.

 

Les fromages français sont comme le patriotisme : ils font découvrir chaque région, sentent mauvais, et donnent un plaisir si rare qu’il grandit avec le temps et la moisissure.

 

Les défenseurs européens de l’islam n’arguent jamais des six siècles que cette religion a en moins par rapport au christianisme pour montrer un visage plus sage et plus humain. Ils trahissent cette inégalité historique en de multiples inégalités sociales que subiraient les musulmans en Europe, et font passer pour des victimes ceux qui veulent rendre les femmes plus pudiques et châtier les infidèles, par l’ignorance ou par les armes, sous la dictée prétendue de Dieu.

 

Se sentir blessé par mille ans d’histoire, d’artistes, de batailles, d’idées et d’édifices en héritage, et rappeler qu’un passeport suffit, revient à demander quelques chips en cuisine devant un buffet avec homards et venaison.

 

La plus subtile manière d’aggraver les inégalités sociales, c’est de faire croire au citoyen que son pays n’est qu’un passeport.

 

Les islamistes se soumettent entièrement à Dieu pour ne se soumettre à personne d’autre. Le respect qu’on doit à leur dieu les autorise à en demander toujours pour eux-mêmes, et à en manquer envers les éducateurs qui les élèvent, ou envers les femmes qu’ils rencontrent. Allah n’est chez ceux-là que le négatif de leur propre puissance, et l’image qu’ils s’en font trouve un support vierge idéal dans leur prophète invisible, sur lequel ils peuvent se dessiner eux-mêmes avec les attirails nécessaires (barbe, robe, sandales).

Les chrétiens fervents ne se soumettent à Dieu qu’en se soumettant aux autres. Dieu est chez ceux-là un être différent d’eux, toujours à représenter, dont les multiples avatars aident à ne pas s’arroger ses corps surnaturels, ni sa robe traditionnelle, ni sa barbe, à ne pas se prendre pour son égal en répétant qu’on lui est soumis, puisqu’on doit servir au-dehors. Ils ne peuvent ainsi se substituer à Dieu, qui pourtant s’est insufflé dans l’homme par le Christ et peut ainsi leur faire faire le bien, le beau, la grâce, sans secrète idolâtrie.

 

Flaubert fut le plus grand affineur et vigneron d’Europe : il affinait et vinifiait la parole.

 

Le ghetto de Varsovie et l’étoile jaune furent décrétés avec violence par un État, dans un pays à moitié fanatisé par la propagande.

Le ghetto de Sevran et le voile islamique apparaissent sans qu’un État ne les décrète, dans un pays libéré de ses vieilles propagandes.

 

La France du XXIe siècle est coupée en trois états, comme sous l’Ancien Régime : le gilet, le jogging et le jean slim à ourlet.

Le gilet se révolte comme un Tiers État, le jogging condamne et assassine comme un clergé inquisiteur, le jean slim à ourlet vit dans des quartiers-citadelles et ne se bat que pour la sauvegarde de sa propre vie.

Le premier se sent français, le second se sent sujet d’un autre pays, le troisième se sent citoyen d’un monde réduit à quelques archipels connectés.

 

ceux qui auront craint [Dieu] goûteront au bonheur,

des jardins et des vignes,

des jouvencelles d’une jeunesse uniforme,

des coupes pleines à ras bord,

ils n’entendront là ni mensonges, ni mauvaises paroles. (Le Coran, Sourate LXXVIII, 31-35).

Le paradis des musulmans ressemble à l’Europe, du moins à celle de ses épicuriens lettrés. Les plaisirs que les premiers attendent à force de privations après la vie, les seconds s’abêtissent presque de trop les connaître pendant la leur.

 

La culture française est infiniment plus étendue, charnelle et spirituelle à la fois, que sa nation ou sa république, qui permettent autant de s’en passer d’un air de dédain et d’ignorance satisfaite que de la découvrir. Ses amoureux me semblent toujours dire ces vers :

J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ;
Il n’est rien qui ne me soit souverain bien
Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique. (La Fontaine, Les Amours de Psyché et de Cupidon).

 

Les islamistes se disent exclus parce qu’ils sont empêchés d’exclure à leur façon.

 

Trois piliers de la civilisation française : le catholicisme (art gothique, amour courtois, droits de l’Homme), la raison (cartésianisme, libertinage intellectuel, Lumières, positivisme), et le plaisir (bonne chère, libertinage).

D’où le culte du vin, qui mélange un symbole christique, le travail patient et le plaisir de table, que tempère la gastronomie.

D’où la manie de tout rendre conscient et de tout intellectualiser, qui mélange la confession, le raisonnement et le bavardage, que tempère la littérature.

 

Dans quelle Europe unie vivent ceux qui craignent tout le temps de la voir « divisée », et surtout par des opinions, des journaux ou des livres ?

 

Le penseur cherche les différences entre les individus et le système, la loi et la coutume, l’idée et l’action, l’historique et l’anecdotique, le bien et le mal, et les définit pour les distinguer. Comme Aristote, il a besoin qu’une chose soit ceci et pas cela, afin de la penser.

Le relativiste ne veut rien chercher, et attend que le penseur parle d’un système pour lui rétorquer par un individu, d’une loi pour lui rétorquer par une coutume, de l’Histoire pour lui rétorquer par une anecdote qui bâtit une autre histoire, d’un bien pour lui rétorquer que ce bien est un mal, etc.

Le penseur parle des choses pour les clarifier, et sent les différences douloureuses entre l’esprit français et les valeurs islamiques. Le relativiste lui répond que « l’islam est une religion française », et le fait taire.

 

Nous ne sauvons une culture qu’en l’incarnant, par la chair et par l’esprit. La défendre avec des mots importe bien peu, et il est plus plaisant de pratiquer la spezzatura des Italiens de la Renaissance que d’écrire une thèse dessus.

 

La beauté de l’esprit européen est de vouloir en conscience critiquer l’islam et protéger la vie des musulmans.

Le fanatisme fait le contraire, et il commence par la certitude qu’en se protégeant de toute critique on protège sa vie entière.

 

Les dessinateurs de Mahomet sont cachés, tués, ou blessés ; leurs ennemis sont libres, en bonne santé, et se disent “blessés” par leurs dessins.

 

L’Islam n’est ni religion à abattre, ni religion européenne.

L’Europe s’est bâtie comme une mosaïque de civilisations qui ne voulaient pas ressembler aux civilisations issues de l’Islam : l’Europe ne saurait donc admettre cette religion comme sienne, mais elle a besoin qu’elle existe pour être pleinement elle-même.

Elle éviterait ainsi de tomber dans le consumérisme, et entretiendrait ses coutumes, arts et lois, dont on sent mieux l’esprit par l’existence lointaine de leur contraire.