Édouard, antifa des familles

Édouard ne transige ni ne se corrompt : pour lutter contre l’extrême-droite rampante, il dénonce chaque publicité sexiste pour une marque de culottes, chaque devanture xénophobe de bar à tapas, chaque statue de grand homme colonialiste vieille de 400 ans au fin fond des villages.

Son grand-père l’effraie : au dîner de Noël, en plein saumon mariné, le doyen éructe que les mœurs de la France changent, suggérant que les villageoises se voilent, que les cinq boucheries de sa grand-rue deviennent des kebabs, et que sa femme de ménage n’accepte jamais de verre de vin. Le vieillard s’en jette avec une joie décuplée dans les « apéros saucissons pinards », et savoure chaque tranche de jambon comme une résistance à l’invasion.

Pour Édouard, ce vieil incontinent en pantoufles, c’est ce qui a permis Goebbels, c’est un colon et un esclavagiste, c’est Mussolini qui frappe aux portes de chaque nouvel habitant. Et il retient de son grand-père les phrases fascisantes, qu’il dénonce dans un statut Facebook bien senti à cinq-cents de ses contacts ainsi introduites:

« Ce moment où ton grand-papa balance son dégueuli raciste à table. #PayeTonNoël ».

Puis Édouard rejoint un nouvel an d’universitaires, où il parle de son frère travaillant dans la finance: « Lui et moi, on ne parle pas le même langage, dit Édouard, vraiment, que ce soit sur le capitalisme, le marché ou l’accueil des migrants, on ne se comprend pas. »

Il est fier d’exhiber ce désamour, et sacrifierait encore père et mère pour être du bon camp, ou le paraître.